Les Petits Débrouillards

A l'occasion de la 16ème édition de la fête de la science, qui eu lieu du 8 au 14 octobre 2007, nous avons rencontré, sur leur stand installé au jardin des plantes de Paris, l'association 'Les Petits Débrouillards'. Le but de cette association est de diffuser au plus grand nombre une certaine vision de la culture scientifique par le biais d'expériences de science amusante.

Nous remercions Mustapha, membre très actif de l'association, qui a accepté de répondre à nos questions au sujet de cette étonnante association.

Tim: Mustapha, pouvez vous nous expliquer quel est le but de l'association 'Les Petits Débrouillards'?

Mustapha: La vocation principale des 'Petits Débrouillards' est la diffusion de la culture technologique et scientifique par la pratique, à savoir mettre les jeunes et les moins jeunes en situation de faire des expériences, de manipuler, d'observer, de s'exprimer sur ce qu'ils voient etc...

Nous essayons ainsi de créer les conditions pour les mettre vraiment dans une démarche de recherche 'scientifique'. D'une part, ils posent des questions, font des manipulations pour avoir des faits et des observations, ils affirment des choses, les confirment par des expériences ...donc ils construisent le savoir à leur niveau. Nous proposons une démarche de recherche, dans laquelle la dimension de plaisir doit être présente tout le temps. C'est pour cela que le coté pratique, le coté manipulation et le coté amusant sont le moteur pour maintenir l'intérêt.

Généralement, le problème principal des sciences c'est que l'on entre vite dans un formalisme un peu 'dur' et du coup l'intérêt diminue. Mais ce coté 'rigueur' peut aussi s'exprimer à travers la manipulation. Bien sûr, il arrive que l'on se trompe, que cela ne marche pas, mais ce n'est pas grave c'est cela aussi la science. On évolue donc aussi à travers cela, c'est une démarche d'apprendre à raisonner, à réfléchir, d'apprendre à apprendre, puis comprendre aussi que lorsqu'on affirme quelque chose scientifiquement, il faut le démontrer et cela repose sur des principes, sur des méthodologies...

C'est donc tout simplement une manière d'éclairer, de développer l'esprit critique.

Tim: L'association est-elle plutôt orientée vers les jeunes?

Mustapha: Oui, l'essentiel de l'activité que l'on fait est pour les 6 à 25 ans. La plus grosse partie, 60% des actions, est pour les 7/12 ans.

Tim: L'association est-elle présente dans différentes villes de France ?

Mustapha: Cela fait 20 ans que l'association existe et elle est maintenant présente dans 20 régions avec une cinquantaine d'antennes départementales. L'association est composée de salariés, de permanents et d'animateurs, ce qui représente à peu près 200 salariés qui travaillent tous les jours, et environ 3000 animateurs sur le terrains.

L'association 'Les Petits Débrouillards' est aussi un mouvement international. On a plein de petits débrouillards dans le monde. L'association est originaire du Québec et est présente dans une vingtaine de pays. Aujourd'hui on a justement un groupe qui vient de Lettonie pour voir comment il est possible de mettre en place cela chez eux. Dernièrement on a fait des choses dans une trentaine de pays, à Cuba, au Brésil, au Maroc, au Liban, en Iran, en Syrie...

Tim: Comment est financée l'association ?

Mustapha: Il a y plusieurs financements. Une partie est financée par les collectivités territoriales et les mairies, par exemple, pour le développement des écoles et des centres de loisirs, on créé des ateliers ou des clubs scientifiques.

Une autre partie est financée par l'état sur des programmes de conception de supports pédagogiques.

Enfin, on fait beaucoup d'éditions, de livres, de CD-ROM, de DVD, c'est une sorte d'auto financement.

Tim: Vous Mustapha, comment êtes vous entré dans l'association?

Mustapha: J'ai eu une thèse en physique il y a très longtemps et mon directeur de thèse était alors le président de l'association. Un jour il m'a demandé d'adapter des manipulations que je faisais dans le cadre de la recherche et de les montrer à des jeunes. On voulait expérimenter quelque chose pour les états du Sahel. Ils ont de gros problèmes d'eau et on voulait travailler sur l'irrigation et sur une meilleure gestion de l'eau.

Suite à cela, on a monté une exposition pour les pays du Mali, du Burkina Fasso, de Madagascar.

Je suis donc rentré dans l'association un peu par hasard et j'y suis resté. Cela fait maintenant 20 ans.

Tim: A l'occasion de la fête de la science, l'association a organisé un stand au jardin des plantes de Paris. Pouvez vous nous expliquer le but de ce stand?

Mustapha: La fête de la science existe depuis une quinzaine d'années. Le but est de montrer que l'on peut faire de la science autrement que par le coté formel. On peut s'amuser, on peut apprendre des choses et on peut refaire tout cela chez soi avec ses parents et du matériel de récupération. Chaque année, la fête de la science est orientée sur un ou plusieurs thèmes. Cette année il y a 2 thèmes. Un thème sur les pôles qui se révèlent être de véritables laboratoires. On peut y constater l'impact de l'activité humaine sur la Terre avec la fonte de la banquise, par exemple, ou avec l'utilisation de carottes glaciaires qui permet de reconstituer la composition de l'atmosphère terrestre jusqu'à 3000 ans en arrière. Les pôles sont de véritables archives de la Terre.

L'autre thème est le développement durable. Nous essayons de sensibiliser l'homme à l'impact qu'il a sur son environnement en privilégiant, par exemple, l'utilisation des énergies renouvelables.

Tim: Comment peut-on participer ou aider l'association ?

Mustapha: Il y a plusieurs manières d'aider. Sur le site (www.lespetitsdebrouillards.org ou www.lespetitsdebrouillards-idf.org), il y a les coordonnées, par régions, pour contacter l'association et participer à des ateliers.

Il est également possible de se procurer des livres pour apprendre à faire des manipulations chez soi. Il est toujours amusant de transformer sa salle de bain en laboratoire de recherche.

On peut également rejoindre l'association en tant que bénévole pour participer et faire des animations. Pour cela nous avons mis en place une formation pour les gens qui veulent nous rejoindre.

Tim: Comment sélectionnez vous les expériences présentées ? Quels sont les critères les plus importants?

Mustapha: Nous effectuons une démarche en plusieurs étapes. En premier, lorsque les gens arrivent, ils leur faut du sensationnel, du visuel, quelque chose qui flashe. On privilégie donc le visuel, on fait une sorte de pot pourri, sans parler de thème en particulier. On va faire des manipulations qui interrogent, qui surprennent, qu'on a envie de comprendre. C'est ce que l'on appelle des manipulations 'contrintuitives', on s'attend à voir un résultat et il arrive autre chose.

Une fois cette phase passée, des questions commencent à émerger naturellement, et à partir du moment où ils ont envie de comprendre et d'aller plus loin, on peut aborder des choses plus complexes, mais cela met un peu de temps. On a ensuite la possibilité de présenter des manipulations qui ne sont, à priori, pas amusantes, mais qui le deviennent car elles touchent au quotidien. Par exemple, on explique aux gens la science qui se cache derrière l'utilisation du paic vaisselle. A priori, cela n'est pas 'terrible', mais grâce aux manipulations, nous allons pouvoir découvrir le fonctionnement du savon. On explique ensuite aux participants qu'ils vont enfin faire la vaisselle avec plaisir. Cette démarche est intéressante car elle permet de transformer des choses qui ne sont, à première vue, pas marrantes en quelque chose de ludique. Derrière, il y a toute une mise en scène pour intéresser les gens, leur donner envie de comprendre et de prendre le temps de comprendre aussi.

Tim: Où trouvez vous des idées de manipulations de science amusante ?

Mustapha: Il y a plusieurs manières. On essaie dans un 1er temps d'adapter des manipulations de recherche. Ce qu'il faut savoir, c'est que des manipulations amusantes il y en a toujours eu. Il y a donc une vaste 'bibliothèque' d'expériences traditionnelles dans laquelle on peut piocher. Et tous les jours, on en trouve de nouvelles, par exemple, grâce aux enfants qui posent des questions durant les ateliers. Ces expériences sont ensuite partagées au sein de l'association. Nous possédons actuellement une base de données de 1000 expériences sur une quarantaine de thèmes.

Tim: Comment travaillez-vous la mise en scène?

Mustapha: On a des équipes pédagogiques, de formation, qui travaillent dessus et essayent d'adapter la manipulation. On part d'une manipulation connue, on voit déjà quels phénomènes sont observés, et, à partir de là, on va les retravailler pour les rendre un peu plus visuelles. Ensuite, on les teste pour voir comment elles sont perçues par les enfants. En fonction des réactions, on va les réadapter, puis les tester à nouveau... La mise en scène est en quelque sorte dictée par les enfants. Ce sont eux qui nous donnent des idées et qui nous aident à les adapter.

Tim: Qu'espérez vous que les enfants retiennent de leur participation à ces ateliers ?

Mustapha: D'une part, qu'ils aient envie d'en faire, et qu'ils sachent que c'est possible de faire ce type d'expériences chez soi avec peu de moyens. Mais surtout, le but est qu'ils s'attachent à une démarche qui devienne naturelle chez eux. Ce sont des savoirs que l'on peut trouver partout, à nous de leur donner l'envie d'aller plus loin par eux mêmes. En fait c'est plus la démarche qui nous intéresse que le contenu.

Tim: Et comment adaptez vous vos ateliers vis a vis d'un public adulte ?

Mustapha: La démarche est différente. On peut aborder des thématiques plus pointues (pollution, déchets à réduire, la consommation, l'eau..). Avec des adultes, l'idée est vraiment de travailler sur des choses qui font que, en tant que citoyen, ils agissent pour justement donner un sens à ce qu'ils font et participer d'une manière ou d'une autre à relever, par exemple, le défi du développement durable.

On travaille aussi beaucoup sur le rapprochement entre les chercheurs et les citoyens. On organise des conférences, des cafés débats, des cafés des sciences. Comme vous le constatez aujourd'hui sur ce stand, il y a beaucoup de monde, des adultes, des jeunes, des enfants... et tous s'intéressent, ils restent, reviennent, posent des questions.. La science touche tout le monde sans réelle frontière d'âges.

Tim: Quels conseils donneriez vous aux parents qui souhaitent réaliser ce type d'expériences chez eux avec leurs enfants ?

Mustapha: L'idéal c'est qu'ils se rapprochent de l'association la plus proche de chez eux et qu'ils fassent une formation. Ils y apprendront les manipulations et les différentes démarches. Ils feront partis d'un groupe dynamique où ils pourront trouver de précieux conseils. Il y a aussi tous les livres dans lesquels on retrouve ces manipulations (par exemple Découvre les sciences avec les petits débrouillards : 39 expériences faciles et amusantes)et la presse comme Science et Vie Junior. Surtout il faut effectuer cette démarche sans complexe. Beaucoup de gens disent 'moi les sciences j'aime pas trop', on n'y arrive pas, on se trompe, on recommence... mais c'est justement cela la science, c'est un ensemble, on ne naît pas scientifique on le devient par la force des choses. Il ne faut surtout pas se décourager, et aller de l'avant.

Évidement, il n'y a pas que l'association 'Les Petits Débrouillards', il y a plein de structures, de lieux de ressources. Et je conseille vivement aux parents de se renseigner sur ce qu'il y a près de chez eux, les musées, les ateliers, les associations,... ce qui compte c'est qu'après on y prenne du plaisir.

Tim: C'est peut être même l'essentiel ?

Mustapha: Absolument c'est beaucoup plus intéressant que de passer sa vie devant la télé

Tim: Comment expliquez vous que les tours de science amusante aient visiblement plus d'impact que les dernières consoles de jeux à la mode ?

Mustapha: Nous, ce qu'on voit simplement, c'est que quand on a devant nous des gamins avec 2 bouchons de liège et un bout de ficelle, ils sont plus intéressés que de voir un truc à la télé. Le problème, c'est d'oser le faire et que cela devienne un jeu ludique, là, ils accrochent. Vous voyez bien sur ce stand qu'il n'y a pas de problème, ils partent dans des constructions, ils font des bidouillages, ils sont contents car ce sont eux qui le réalisent, ils savent ce qu'il y a dedans, ce ne sont pas 'des boites noirs'. Cela ne veut pas dire que ce n'est pas bien de faire des jeux vidéo, il faut juste faire la part des choses. Le problème principal de la science, c'est qu’on n’en fait pas assez, une fois par an, on va au Palais de la Découverte ou à la Cité des Sciences et après on passe à autre chose. Il faut faire rentrer la science dans le quotidien des gens, c'est le défi qu'on essaie de réaliser à travers l'association et ces expériences.

Tim: Enfin, quel est votre tour de science amusante préféré ?

Mustapha: Il y en a beaucoup et il est difficile de n'en choisir qu'un. Mais il y a par exemple une expérience avec le chou rouge que vous pouvez retrouver sur le site des petits débrouillards:

lespetitsdebrouillards.org / Le choux rouge





Ou encore, cette expérience avec un papier journal impossible à soulever:

lespetitsdebrouillards.org / Le papier journal








Tim: Merci Mustapha et bonne continuation avec les petits débrouillards


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